1 juil. 2019

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Pourquoi les Organismes de Formation doivent devenir collaboratifs ? (ou disparaitre)

Bon alors ça y est, nous y sommes, c'était donc pas des blagues. France Compétences, le nouveau meilleur ami des formateurs, vient de montrer qu'ils sont bien au travail et qu'ils prennent très au sérieux leur mission de régulation du marché. Et ça commence fort, ils l'avaient dit ils l'ont fait, voici le tout nouveau décret qualité, c'est par là pour les fans de textes officiels.

A priori s'ils font ce qu'ils disent, nous pouvons prédire quelques unes des prochaines mesures, souvenez vous des annonces de l'an dernier sur le nombre d'organismes de formation et d'une volonté affichée de "réduire" (le mot est faible) le nombre d'opérateurs. Cette volonté est louable et, du point de vue des gestionnaires, souhaitable. En réduisant le nombre d'opérateurs, respectant tous la même démarche qualité (payante !), nous pouvons espérer voir des rouages un peu mieux huilés. Et peut être même verrons nous enfin des flux d'information dématérialisés pour de vrai (pas des documents scannés, des vraies données numériques fiables, pour ceux que cela intéresse nous travaillons dur sur ce projet et le gain de temps/sécurité est colossal).

Oui mais alors, le gouvernement ne vient il pas de fermer les barrières à l'entrée du marché de la formation ?

Clairement oui. Pour vendre des formations (ou plutôt des compétences, et la subtilité n'est pas si subtile) il faudra passer trois barrières :

  • une barrière financière : se faire auditer tous les ans, ça coûte cher et ça prend du temps. Evidemment quand on est seul (ou peu nombreux), l'investissement est douloureux.
  • une barrière organisationnelle : une démarche qualité ne s'improvise pas, encore une fois cela mobilise du temps et des compétences qui pourraient être bien plus utiles "en face de vos clients". Les OF les plus importants ont déjà intégré ces coûts dans leur fonctionnement, beaucoup de plus petits ne pourront pas.
  • une barrière technologique : digitaliser c'est bien, mais comme toujours nous aurons les recommandations techniques, pas la solution ! Il ne serait pas étonnant que chaque OF doive construire son propre pont technologique entre ses systèmes internes et ceux des financeurs, sous peine de devoir "tout recopier à chaque session".

 

Bon alors c'est quoi un organisme de formation collaboratif ?

La collaboration décrit une production où tous les acteurs sont impliqués dans une tâche commune. Dans le cas de la formation, l'organisation classique peut se résumer comme suit : "le formateur forme, le conseiller en formation vend, l'ingénieur conçoit le programme, le client paie, le stagiaire évalue (à la fin), l'OPCA rembourse, l'OF gère l'administratif...", les rôles sont séparés et tout le monde est content... ou presque... car ce système passe complètement à côté de trois grandes tendances :

  • Le choix du formateur devient aussi important que le choix du contenu... on ne veut plus être formé à un contenu standard, par un formateur lambda. Les formateurs, même s'ils sont oubliés dans la réforme, ont plus que jamais un rôle central, car ce sont les seuls à apporter de la valeur, sous forme de compétence. Or ils sont de plus en plus souvent freelances (et de plus en plus souvent par choix réel).
  • Les clients, que ce soit les entreprises ou les salariés eux mêmes, n'ont rien à faire de la complexité réglementaire, il faut juste que ça fonctionne, et sans délai si possible. Pourquoi le système administratif des entreprises devrait s'adapter au notre ? Nos contraintes sont nos contraintes, pas les leurs.
  • Nous ne pouvons plus nous permettre de cliver entre les compétences "acquises en formation" et les compétences "décrites dans l'entreprise". Si un formateur transmet une compétence elle doit être reconnue par l'entreprise, et inversement si l'entreprise reconnait une compétence le formateur doit en tenir compte. Nous avons besoin d'un système commun, d'un langage commun et bien sûr d'un ensemble d'outils qui sont connectés entre eux (interopérables).

Donc un organisme de formation collaboratif doit être organisé autour de cette idée "c'est ensemble que l'on construit les compétences". Il est nécessaire de se positionner comme facilitateur de la relation entre les formateurs et les stagiaires, et de rester humble face aux formateurs, ils ont certes besoin de nous pour accéder au marché mais ce sont eux nos clients. Sans formateurs, un OF n'a aucune valeur. La seule proposition qu'un OF peut faire, c'est de tout faire pour faciliter la collaboration entre les acteurs ,et donc permettre la montée en compétence.

Avec Ganapati (voir ici), nous avons fait le choix d'une collaboration immédiate, nous permettons aux entreprises de contacter les formateurs librement, d'échanger et de co-construire des offres sur mesure, nous considérons chaque formateur comme un client dont nous sommes parfois le secrétariat et parfois l'impresario (et qui est rémunéré à la hauteur de sa prestation), nous fournissons aux entreprises et aux stagiaires une expérience de la formation débarrassée de la "paperasse". L'entreprise a un besoin, le formateur y répond, nous faisons tout le reste.

Pas si simple, mais nécessaire. D'abord il faut s'appuyer sur des systèmes de traitement de l'information robuste, et agile (vu le rythme des réformes, voyons large et souple). Ensuite il faut de la transparence, c'est risqué mais nous n'avons plus le choix (de toutes façons tout finit par se savoir). Enfin il faut mettre en place une bienveillance active et de la confiance entre tous les acteurs, c'est plus longs et moins rentable, mais certainement plus durable. Quand nous avons démarré avec cette philosophie, nous n'imaginions pas tout ce que cela nous apporterait.

Les organismes qui font le choix de ne pas bouger vont être confronté à des procédures de plus en plus lourdes, ils risquent de perdre leurs intervenants s'ils ne leur font pas d'offre à la hauteur de leurs valeurs, et de rogner leurs marges s'ils ne digitalisent pas leurs process. D'autant plus que cela ne sera même pas suffisant, l'enjeu est aujourd'hui de se libérer de la complexité, demain il sera d'accompagner les entreprises de l'intérieur en proposant des méthodes de pilotage des compétences efficaces et fiables. Si ces méthodes sont pour certaines encore en développement, une chose est sûre, elle seront collaborative.

 

Stephane
Leforestier